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Biais de disponibilité

Juste après un accident d'avion médiatisé, les ventes de billets d'avion chutent. Pourtant, statistiquement, les jours qui suivent un accident sont souvent les plus sûrs de l'année — les compagnies et les régulateurs sont en alerte maximale. Mais notre cerveau n'a pas accès aux statistiques. Il a accès à ses souvenirs. Et les images d'un crash en flammes sur tous les écrans sont plus disponibles dans notre mémoire que les millions de vols qui se déroulent sans incident.

C'est le biais de disponibilité : nous évaluons la probabilité d'un événement non pas en fonction de sa fréquence réelle, mais en fonction de la facilité avec laquelle des exemples similaires nous viennent à l'esprit. Ce qui est mémorable, récent, frappant ou médiatisé paraît plus probable que ce qui est banal, discret ou statistiquement dominant.

Nous ne pensons pas en probabilités. Nous pensons en images. Et les images les plus vives ne sont pas nécessairement les plus représentatives.

L'heuristique de disponibilité a été identifiée et formalisée par Kahneman et Tversky en 1973, dans un article fondateur publié dans Cognitive Psychology. Leur démonstration est élégante : ils demandent à des participants si la lettre R apparaît plus souvent en première ou en troisième position dans les mots anglais. La grande majorité répond : en première position. C'est faux — R est bien plus fréquente en troisième position. Mais les mots commençant par R viennent plus facilement à l'esprit que ceux dont le R est en troisième position. La facilité de récupération en mémoire a trompé le jugement sur la fréquence réelle.

Ce résultat simple a ouvert un programme de recherche considérable. Des études ultérieures ont montré que le biais de disponibilité affecte les décisions médicales, juridiques, assurantielles, politiques — et bien sûr financières.

Le biais de disponibilité est une manifestation directe du Système 1. Plutôt que de calculer laborieusement des probabilités objectives — ce qui nécessite des données, du temps et de l'effort — notre cerveau utilise un raccourci : si un exemple me vient facilement à l'esprit, c'est que l'événement doit être fréquent. Cette heuristique fonctionne souvent bien dans un environnement naturel, où la fréquence d'un phénomène est effectivement corrélée à sa saillance dans notre expérience. Elle devient dangereuse dans un monde médiatisé, où la saillance est déterminée par les algorithmes, les journalistes et les marketeurs — pas par la fréquence réelle des événements.

Trois facteurs amplifient la disponibilité d'un souvenir : sa récence (les événements récents sont plus accessibles), sa vivacité (les expériences émotionnellement intenses laissent des traces plus profondes), et sa médiatisation (un événement couvert par tous les médias contamine l'ensemble de la population en même temps).

Le bruit des tondeuses à gazon

Aux États-Unis, les tondeuses à gazon tuent environ 75 personnes par an. Les tornades en tuent environ 90. Pourtant, la quasi-totalité des gens pensent que les tornades sont bien plus meurtrières — parce que les tornades font les manchettes, alors que les accidents de tondeuse restent invisibles. La disponibilité de l'image de la tornade déforme notre estimation du risque réel.

Dans la vie quotidienne, le biais de disponibilité explique pourquoi les gens surestiment systématiquement les risques rares mais spectaculaires — les crashs d'avion, les attaques de requin, le terrorisme — et sous-estiment les risques communs mais banals — les accidents de voiture, les maladies cardiovasculaires, le tabac. La mort n'est pas égale devant les médias, et nos cerveaux ne le savent pas.

Le biais de disponibilité est l'un des mécanismes qui explique le mieux la sur-réaction des marchés aux nouvelles récentes. Une étude publiée dans le Journal of Behavioral Finance montre que les investisseurs réagissent de manière disproportionnée aux révisions de recommandations d'analystes les jours où le marché a connu de fortes variations — parce que ces journées sont plus "disponibles" émotionnellement, amplifiant l'impact des nouvelles individuelles sur les prix.

Après une correction boursière brutale, les investisseurs surestiment la probabilité d'une nouvelle chute — l'image du crash est disponible, vive, récente. Après plusieurs années de hausse, ils sous-estiment la probabilité d'une correction — les bonnes performances ont rendu le risque invisible. Ce cycle d'excès et de prudence mal calibrés est en grande partie alimenté par le biais de disponibilité.

L'après-crise de 2008

Dans les années qui ont suivi la crise financière de 2008, les enquêtes auprès des investisseurs montrent une aversion au risque actions nettement supérieure aux niveaux historiques. Des millions d'épargnants sont restés en cash ou en fonds monétaires pendant que le S&P 500 quadruplait entre 2009 et 2019. La disponibilité des images de la crise — files de chômeurs, banques en faillite, marchés en chute libre — avait rendu l'idée d'une reprise durable impossible à imaginer pour ceux qui avaient vécu le traumatisme. Leur portefeuille a payé le prix de cette disponibilité mémorielle.

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